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Portrait

Edgar Menguy

Conseiller Municipal de la ville de Rouen

Membre de l'UMP

Médecin réanimateur du CHU de Rouen

LA PERMANENCE VIRTUELLE

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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 00:11
Le procès des assises de Dordogne relance le débat sur l’euthanasie.

Ces jours-ci, j’ai reçu sur mon adresse mail de l’hôpital deux messages ; l’un pour signer une pétition pour l’euthanasie et un autre pour signer une pétition contre l’euthanasie.

Ce débat est difficile. Il ne peut se régler par des pétitions ou des postures.

Après de nombreuses années de travail en réanimation, j’ai aujourd’hui quelques certitudes :

-         Les souffrances physique et/ou psychologique sont inacceptables. Nous avons aujourd’hui tous les moyens de les traiter de façon efficace et sans craindre les effets secondaires de ces traitements. Il faut impérativement les employer.

-         Aucune décision ne peut se prendre de façon solitaire. Il est indispensable de la partager et en particulier avec ceux et celles qui sont les plus proches des malades : les infirmières et les aides soignantes, mais aussi avec les proches et les familles.

-         Un médecin doit « s’acharner » à soigner le malade qui s’adresse à lui mais il ne doit pas « s’obstiner » si la situation est dépassée. Nous soignons aujourd’hui, de façon efficace et satisfaisante, des patients que nous n’aurions jamais imaginé sortir d’affaire il y a 20 ans ! Cela veut dire que la frontière entre le soin et l’obstination déraisonnable est mouvante. Il n’est pas facile d’avoir des repères clairs.

-         Comme dans toutes les activités humaines la communication est prépondérante. Dans toutes les situations difficiles posant problème un défaut de communication est retrouvé, au sein de l’équipe soignante, avec la famille, avec le patient. Les études de Médecine ne forment pas bien à la communication. C’est une voie d’amélioration évidente.

-         L’euthanasie ne peut être une réponse à un déficit de prise en charge sociale ou psychologique. Il faut impérativement améliorer les conditions de prise en charge des grands handicapés mais aussi celles de leurs familles qui subissent à l’occasion de cette situation un traumatisme majeur.

En fait, plus j’avance dans la vie (avec mes expériences personnelles douloureuses) et dans mon métier de réanimateur (avec le contact fréquent de la souffrance des autres), moins j’ai de certitudes sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

Je crois indispensable de m’en remettre à ma conscience de médecin, à celle de l’équipe soignante, au dialogue avec le patient (si il est possible) et avec sa famille.

Je ne signerai aucune des deux pétitions.

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Published by Edgar Menguy - dans Santé - Médecine
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commentaires

Eric Folot 03/07/2010 22:57



OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !


 


Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il
n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord
préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de
différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est
l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide,
la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en
1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est
plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.

En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et
souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés
démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le
tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne
peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences
sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer
leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie
volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont
bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

« Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au
point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du
doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins
réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte
parfaitement libre et volontaire »


Eric Folot



Edgar Menguy 18/03/2007 08:51

Effectivement. Merci de votre aide dans cette réflexion.

Yuca 2 taillefer 17/03/2007 03:22

Sujet délicat et sérieux au possible, presque impossible à évoquer par blogs interposés tant la situation relève du réel du vécu de la "sensation" de la dignité de la responsabilité etc...mais c'est bien dévoquer le sujet et surtout j'apprécie la pudeur et la modestie des différents intervenants devant certaines situations critiques devant la vie et la mort, ce qui mérite mieux que des déclarations politiques parfois exagérées et radicales sur des sujets qui méritent ...La sémantique est certes important pour dialoguer et se faire comprendre, mais ce n'est qu'un outil comme le sont les blogs pour que nous puissions mieux dialoguer, nous comprendre et avancer sur les chemins des possibles.Mzerci pour ce moment de vérité et de profond respect de la vie humaine et de sa dignité.

chouchou 16/03/2007 14:10

Par respect pour vos propos, votre vécu personnel et votre démarche ayant trait au dialogue et l'information, je me permets si de vous vouvoyer... j'apprécie le vouvoiement, pour convenances personnelles je m'y sens plus à l'aise pour écrire.. (j'ai grandi dans une famille ou le tu étais interdit... jusqu'à present j'ai beaucoup de mal avec le tu.. incroyable non?), le sujet, vos propos personnels sur ce sujet majeur et si complexe, nous éclaire, bref, je vous remercie très sincèrement . Personnellement, je n'ai pas d'avis personnels sur le sujet, la question est beaucoup trop complexe pour moi.. je n'ai en cet instant que des interrogations à formulées voir quelques réflexions.. Pour être franc avec vous, déjà, je n'apprécie pas le titre de l'interrogation : "Faut-il légaliser l'euthanasie?" (Je sais pertinemment que j'ai quelques soucis avec mon Français.. mais je préfèrerai que la question soit posée différemment.. Je préférerai que l'on parle du Droit des patients à mourir dans la dignité, du droit à la fin de vie dans des conditions décentes et dignes pour tous les êtres humains.. l'euthanasie serait dès lors considéré comme une moyen de rendre possible ce qui est souhaitable et non une fin en soi.. pour conclure ce petit premier paragraphe, vous comprendrez que je réserve le terme d'euthanasie non pas au genre humain, mais plutôt aux animaux.. (J'ai souvent entendu ce terme pour les animaux domestiques.. j'ai du mal à l'entendre pour une personne.. simple interrogation.) Vous dites que la sémantique est art, oui, je partage votre point de vue! c'est très difficile d'exprimer des idées complexes avec des mots simples, et pourtant.. les verbes si forts que "s'archarner" ou "s'obstiner" traduits dans votre commentaire du langage médical en français courant en sont la preuve la plus vivante qui soit! Ma traduction de ces deux verbes me sufisent ici pour m'expliquer plus précisément sur le sujet.. Si la question est si complexe, la réponse ne peut être que complexe, la simplifiée, la réduire me semble contraire à la libre conscience, à la libre liberté de chacun et chacune d'entre nous.. Chacun doit être libre de s'exprimer sur le sujet, chacun doit être libre de ne pas s'exprimer sur le sujet s'il a des considérations religieuses, philosophiques ou autres.. Je vais m'arrêter là.. trop de questions, mais si je ne sais rien, il ya une chose que je pense un peu plus certaine, c'est que lorsque l'on est touché soit même par la perte de gens qu'on aime, on apprend à relativiser toutes les choses qui nous entourent, c'est peut-être là en ces instants de fin de vie ou le regard de l'homme face à lui même apparaît..

EDGAR MENGUY 15/03/2007 14:12

La sémantique est un art difficile.
Ce que je veux dire est qu'il serait inacceptable à une équipe soignante de ne pas se donner tous les moyens de traiter un patient tant qu'une possibilité de récupération ou de réhabilitation existe. Et quand je dis que la frontière n'est pas facile à apprécier, je sous-entend que les progrès de la médecine permettent sans cesse d'aller plus loin et que simultanément la connaissance de la qualité de récupération n'est jamais totalement connue au moment où se prennent les décisions d'urgence.
S'acharner veut dire, ici, "se donner tous les moyens de ...."
Il faut au contraire rejeter l'obstination lorsque tous ont la conviction que la situation n'est plus récupérable dans de bonnes conditions à court ou moyen terme. S'obstiner veut alors dire "agir avec la certitude de l'échec."
Je ne sais pas si je suis clair... Cette difficulté à exprimer ces sujets est en elle-même révélatrice de leur complexité. Ce qui me fait rejeter toute prise de position trop catégorique ou définitive.