Blog d'Edgar Menguy, conseiller municipal de la ville de Rouen
Ces jours-ci, j’ai reçu sur mon adresse mail de l’hôpital deux messages ; l’un pour
signer une pétition pour l’euthanasie et un autre pour signer une pétition contre l’euthanasie.
Ce débat est difficile. Il ne peut se régler par des pétitions ou des postures.
Après de nombreuses années de travail en réanimation, j’ai aujourd’hui quelques certitudes :
- Les souffrances physique et/ou psychologique sont inacceptables. Nous avons aujourd’hui tous les moyens de les traiter de façon efficace et sans craindre les effets secondaires de ces traitements. Il faut impérativement les employer.
- Aucune décision ne peut se prendre de façon solitaire. Il est indispensable de la partager et en particulier avec ceux et celles qui sont les plus proches des malades : les infirmières et les aides soignantes, mais aussi avec les proches et les familles.
- Un médecin doit « s’acharner » à soigner le malade qui s’adresse à lui mais il ne doit pas « s’obstiner » si la situation est dépassée. Nous soignons aujourd’hui, de façon efficace et satisfaisante, des patients que nous n’aurions jamais imaginé sortir d’affaire il y a 20 ans ! Cela veut dire que la frontière entre le soin et l’obstination déraisonnable est mouvante. Il n’est pas facile d’avoir des repères clairs.
- Comme dans toutes les activités humaines la communication est prépondérante. Dans toutes les situations difficiles posant problème un défaut de communication est retrouvé, au sein de l’équipe soignante, avec la famille, avec le patient. Les études de Médecine ne forment pas bien à la communication. C’est une voie d’amélioration évidente.
- L’euthanasie ne peut être une réponse à un déficit de prise en charge sociale ou psychologique. Il faut impérativement améliorer les conditions de prise en charge des grands handicapés mais aussi celles de leurs familles qui subissent à l’occasion de cette situation un traumatisme majeur.
En fait, plus j’avance dans la vie (avec mes expériences personnelles douloureuses) et dans mon métier de réanimateur (avec le contact fréquent de la souffrance des autres), moins j’ai de certitudes sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire.
Je crois indispensable de m’en remettre à ma conscience de médecin, à celle de l’équipe soignante, au dialogue avec le patient (si il est possible) et avec sa famille.