Blog d'Edgar Menguy, conseiller municipal de la ville de Rouen
Après communication du résultat du diagnostic financier de la ville lors de la réunion de Jeudi soir. Je ne reviens pas sur les conditions inacceptables de la transmission de ces informations.
Au-delà du plan média et de la stratégie de communication de l'équipe municipale visant à discréditer Pierre Albertini et à préparer le reniement de certains engagements de campagne, il est intéressant de prendre connaissance du document distribué lors de la réunion.
Ce document est le résultat d'une analyse technique des finances et envisage une évolution possible (mais pas certaine) en fonction d'hypothèses. En ce qui concerne cette évolution, les consultants ont bien pris la peine de souligner que ce qu'ils pouvaient prédire est une tendance et non la réalité des chiffres bruts dans la mesure où ils sont le résultat de la combinaison de multiples facteurs dont la plupart sont incertains.
De façon rapide, que peut-on retenir de ces chiffres :
- Comparée à d'autres villes équivalentes, Rouen a fait un effort d'investissement très important au cours des dernieres années. Environ 25% supérieur à l'effort d'investissement de villes comme Caen, Orléans, Perpignan, Metz ou Mulhouse. Rouen a bougé ces dernières années. La ville a investi, s'est dynamisée.
- La ville n'est pas en état de surendettement. Les investissements réalisés au cours des dernières années ont été fait par un recours à l'emprunt pour environ un quart des dépenses. La dette de la ville a donc augmenté. Ce qui n'est pas anormal pour qui investit. Le rapport note que la capacité de remboursement est correcte et que la dette est sécurisée en 2008. La dette est donc correctement gérée. En revanche, il est noté que la capacité d'endettement supplémentaire est limitée. Ce qui limite les marges de manœuvre pour de nouveaux investissements. Ces engagements sur le long terme sont à mettre en perspective avec l'importance des projets concernés pour l'avenir de Rouen : rénovation des quartiers en difficulté, quartier Ouest, Rouen Innovation Santé, équipements culturels, ... Ce sont plusieurs décennies qui se préparent en ce moment à Rouen.
- Le rapport note que les investissements ont été partiellement financés par des cessions immobilières. Ce qui est vrai et n'est pas choquant. C'est un signe de mutation de la ville : cession d'actifs devenus inutiles et investissements dans des équipements d'avenir. C'est aussi le signe d'une ville qui se concentre sur ses missions en investissant dans la cohésion urbaine, le développement économique, les équipements culturels ou destinés à la petite enfance et qui cesse de faire profession de propriétaire bailleur de maisons, appartements, ou murs commerciaux. Il est également à noter que pendant la période la ville a fait l'acquisition de biens permettant de préparer l'avenir.
- Le budget de la ville souffre de plusieurs faiblesses structurelles : une fragilité par rapport aux dotations de l'Etat qui historiquement considère Rouen comme une ville riche ..., une part plus importante des charges de personnel que dans d'autres villes ( ce qui est à mon avis à mettre en perspective avec les services rendus aux rouennais), etc.
- Le rapport met également en évidence le manque de soutien dont bénéficie la ville de la part de l'Agglo pour ses charges de centralité. Le rapport dit : " Les transferts à la CA (Agglo) de Rouen semble avoir dégagé peu de marges manœuvre sur le budget de la ville dans la mesure où celle-ci supporte toujours des équipements structurants tels que l'EPCC Opéra de Rouen Haute Normandie, le Conservatoire National de Région, l'Ecole Regionale des beaux-arts, le Théatre Duchamp Villon, la future Médiathèque, les piscines, la patinoire, etc."
Ces charges sont effectivement un poids très lourd pour le fonctionnement de la ville alors que ces structures ont une audience bien au-delà de la population rouennaise. L'Agglo n'a pris en charge au cours des dernières années que des structures faisant l'objet de budgets annexes et qui de ce fait étaient auto-équilibrées. Donc, peu d'impact pour la ville !
- L'impact des engagements liés au Grand Projet de Ville est majeur. Le retard était considérable. La cohésion de la ville imposait un effort important. Le sauvetage de Rouen Habitat s'imposait.
- La lecture du rapport permet de constater la faiblesse des subventions des autres collectivités dont bénéficie la ville pour ses grands projets. La Médiathèque qui ne bénéficie pas d'aide de la Région ou du Département ! Les ZACs de la Luciline ou Aubette Martainville qui ne bénéficient pas de subventions de l'Agglo alors que c'est elle qui est chargée du développement économique, etc. Les exemples sont nombreux. Depuis des années, les collectivités qui nous entourent ont privé Rouen de leur aide. Faut-il s'étonner de constater que pour poursuivre son développement la ville ait mobilisé ses ressources ? Fallait-il ne rien faire et attendre ?
Après ces quelques constats à chaud sur le document, que peut-on dire ? :
- Tout d'abord, qu'il y a dans tout cela rien qui n'était pas connu et que la situation est largement due aux pressions extérieures subies par la ville alors qu'elle décidait de retrouver son dynamisme et de préparer son avenir.
- La nouvelle équipe municipale serait très mal inspirée de bloquer les projets structurants et porteurs d'avenir. Il ne faut pas casser le dynamisme que retrouve Rouen. Il faut des années pour dynamiser une ville. On peut briser ce dynamisme en peu de temps ! Il y a là aussi un enjeu en terme d'image extérieure. Ne donnons pas le spectacle d'une ville qui se replie sur elle-même alors que de plus en plus d'investisseurs s'intéressent à nous !
- Une révision de la programmation de certains investissements prévus dans le cadre du GPV ne me choquerait pas. Je suis certain qu'il y a possibilité de mieux ventiler investissements et subventions sur les priorités des habitants tout en dégageant des marges de manœuvre nouvelles.
- La ville doit bénéficier d'aides de l'Agglo, du Département et de la Région. J'ai cité le cas des ZACs. Les charges de centralité ont été pointées par les consultants. L'absence de subventions de grands équipements est une évidence. En votant pour cette équipe municipale, les rouennais ont voulu mettre toutes les chances de leur coté pour bénéficier de ces financements extérieurs. Il serait incompréhensible qu'ils n'en bénéficient pas aujourd'hui !
J'espère, pour Rouen et les Rouennais, que ce sera le cas. Ce sera la preuve que c'était possible et légitime et confirmera que Rouen en aura été privée indûment pendant plusieurs années pour de biens mauvaises raisons ...