La restitution à la Nouvelle Zélande par la Ville de Rouen de la tête tatouée d'origine Maorie, détenue depuis le XIXème siècle par le Muséum, semble créer une polémique d'ordre juridique.
Cette polémique me semble devoir être tranchée dans le sens de notre geste de restitution approuvé par notre dernier Conseil Municipal.
D'abord parce que c'est un geste éthique vis à vis du caractère sacré de cette tête pour le peuple Maori et par rapport aux conditions douteuses de son acquisition.
Ensuite parce que l’inviolabilité et l’indisponibilité du corps humain sont les deux grands principes retenus pour statuer juridiquement dans notre pays sur le corps et l’intégrité de l’espèce humaine. Cela a été rappelé de façon constante par les lois bioéthiques de 1994 et 2004.
Cette restitution est donc un geste de dignité humaine. C'est à dire l'une de nos plus hautes valeurs. Car elle fait référence à une qualité inhérente à l'être humain. Ce que Ronald Dworkin, philosophe américain, affirmait de la façon suivante " celui qui prétend prendre les droits de l'homme au sérieux est obligé d'accepter l'idée vague mais puissante de dignité humaine". Les auteurs de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme furent d'ailleurs unanimes à proclamer "la dignité humaine inhérente à tous les membres de la famille humaine". Ce Maori du XIXème siècle doit-il en être exclu ?
La notion de dignité humaine doit fixer des repères à la pratique muséale, comme elle le fait pour la pratique médicale. En effet, la science dans son ensemble ne doit pas avoir d'autre finalité que d’être au service des personnes. Autrement dit, ce n’est pas l’homme qui est fait pour servir la science; c’est la science qui est faite pour servir l’homme. C’est précisément cette idée fondamentale que la notion de dignité humaine est à même de nous rappeler.
J'espère que ce malentendu cessera rapidement et je suis fier d'appartenir à une ville qui aura su poser ce débat et donner l'exemple d'un comportement éthique au service de la dignité humaine.