Blog d'Edgar Menguy, conseiller municipal de la ville de Rouen
La question du logement en général, et celle du logement social en particulier, se pose avec beaucoup d'acuité depuis quelques années. Les élus locaux, et au premier chef, les maires le savent bien. La décision récente du Conseil Général de Seine Maritime de supprimer les subventions aux communes qui n'ont pas au moins 20% de logements sociaux est très critiquable. C'est le type même de mauvaise réponse à une bonne question. Je vois au moins deux raisons de rendre ce type de mesure inacceptable :
- Tout d'abord, je crois que la recherche de solutions pour améliorer la situation du logement fait l'objet d'efforts de tous les élus et il faut se garder de stigmatiser tel ou tel. Il faut surtout éviter de le faire de façon peu honnête. Derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes, des souffrances, des angoisses parfois des drames comme cet été à Paris. Alors, laisser croire que pour résoudre le problème "y'a ka" construire des logements sociaux pour atteindre un pourcentage uniforme n'est pas du tout à la hauteur du sujet. Le problème est bien plus complexe. Certes, construire pour améliorer le parc social et surtout pour tendre vers une meilleure mixité est indispensable. Mais cela ne peut résoudre toutes les questions posées par la problématique du logement social. Celles-ci sont liées au nombre de logements disponibles mais surtout à l'inadéquation entre l'offre et la demande (combien de logements vacants ?), à l'absence de parcours résidentiel, aux interactions entre les différents types de marché, au délais nécessairement très longs pour parvenir à la mixité, etc… Ces sujets méritent mieux que des mesures de pure communication. Et il faut bien le dire mieux que … de la démagogie ! Un sujet aussi sensible et complexe devrait faire l'objet d'une recherche de consensus constructif, pas de la mise en place d'un champ de bataille.
- La seconde raison qui me fait réagir est la place que semble au fil du temps vouloir prendre le Conseil général de Seine Maritime. Les Français dénoncent souvent la complexité, le coût et la lourdeur des différents niveaux administratifs de notre pays. Je pense d'ailleurs qu'ils n'ont pas tort ! N'oublions pas que tous ces niveaux ont le même financeur : le contribuable. Cette complexité peut être tolérée lorsque les collectivités savent coopérer pour la mise en œuvre de projets d'intérêt général. En revanche, la mise sous tutelle d'une collectivité par une autre ne peut être acceptée. Il s'agit d'une dérive dangereuse qui aboutirait à des blocages de toute sorte, à des dépenses inutiles et à des replis sur soi préjudiciables à tous. Or, le Conseil Général de Seine Maritime semble de plus en plus enclin à l'exercice de cette tutelle sur les villes et les agglomérations ( ce sont elles qui ont en charge le PLH ). La position adoptée par le Conseil Général sur le projet de Médiathèque de Rouen nous le faisait craindre. Cette décision le confirme. C'est bien sûr inacceptable. Il serait souhaitable que le Conseil Général revienne à plus de raison et de modération. La finalité de donner à nos concitoyens la possibilité de mieux se loger est partagée. La volonté d'une meilleure mixité est partagée. Alors, partageons les solutions ! Par exemple, le Conseil Général pourrait proposer de se porter acquéreur de terrains dans les communes sous-dotées et y construire des logements sociaux par le biais de son OPAC. Je pense que les finances du Conseil Général permettent ce genre d'opération. Il serait alors beaucoup plus dans son rôle en qualité de "régulateur" plutôt que dans celui de censeur !
Un sondage récent de CSA montre que 76% des français ne font pas confiance aux hommes politiques car ils trouvent qu'ils agissent trop par électoralisme et intérêt personnel au détriment de la recherche de l'intérêt général. Je ne pense pas que cette décision ait pour but de stigmatiser les élus de cantons prochainement renouvelables. Mais, il faut se méfier de ce que certains électeurs pourraient interpréter ! Servir l'intérêt général, c'est aussi par nos comportements redonner confiance aux français dans la politique et dans ceux qui la font. Ce n'est pas prendre le risque de renforcer l'abstention ou les extrêmes. Encore, une bonne raison pour un retour à plus de discernement !